La guerre économique. C’est le titre, un peu
énigmatique, d’un livre paru aux éditions Afrédit à Yaoundé, la capitale du
Cameroun, en milieu d’année 2019. Son auteur est le chercheur en géoéconomie
Maurice Simo Djom. Dans cet ouvrage, le Camerounais prétend dire, « avec
autorité », ce qu'est la guerre économique, un concept qui fait débat.
Pour caractériser cette « réalité », l’auteur s’est
notamment appuyé sur les faits observés depuis son poste de chef de département
de la communication institutionnelle et veille stratégique d’Afriland First
Group, la structure de tête du groupe bancaire Afriland First Bank. Un poste
qu’il occupe depuis décembre 2014.
Acteurs, stratégies, armes… Maurice Simo Djom, qui a
commencé sa carrière professionnelle comme journaliste, livre les principales
conclusions de son travail de recherche.
Il est arrivé à se départir de l’intuition de ces
prédécesseurs qui n’était d’autre que de lier la guerre économique à la guerre
conventionnelle, les uns allant même jusqu’à utiliser les grilles de la
stratégie militaire pour étudier la guerre économique ; et a observé
attentivement les interactions de la mondialisation afin d’aboutir à la
conclusion que la guerre économique est une réalité à part entière, qu’il faut
scruter sans œillères.
Partant de cet d’exemple, il montre la différence
entre la guerre économique et la concurrence commerciale : « Quand
General Motors est opposée à Ford sur le marché américain, c’est la concurrence
commerciale. Or, dès que General Motors fait face à Toyota, nous montons du
champ domestique vers le champ des relations internationales, cela devient la guerre
économique. Car la puissance publique américaine peut valablement user de ses
prérogatives pour modifier la configuration de la compétition en faveur de
General Motors. Voilà pour ce qui est de la différence entre la concurrence
commerciale et la guerre économique ».
Quant à savoir si la guerre économique est la dimension
économique de la guerre, il soutient le contraire. Certes toutes les guerres
ont une dimension économique, mais toutes les guerres ne sont pas menées avec
les mêmes armes. Si les hostilités se déroulent sur le champ militaire, nous
avons à faire à la guerre conventionnelle. Mais si les hostilités se déroulent
sur des échiquiers non militaires, alors il s’agit de la guerre économique.
L’adjectif économique ne renvoie pas seulement au secteur économique, mais
davantage à tout ce qui est non-militaire. La guerre économique, c’est l’effort
subtil visant à dissimuler la violence sur les échiquiers non militaires. Sont
concernés : le cyberespace, la fiscalité internationale, les ressources de
base, la finance libérale, l’investissement, la monnaie, etc.
En parlant du continent, il poursuit en rappelant
que les puissances étrangères emploient divers instruments pour s’affronter en
Afrique et pour affronter l’Afrique : les firmes multinationales, les accords
de partenariat, les fonds d’investissement, l’aide multilatérale ou bilatérale,
la coopération, etc. À ce sujet, l’ouvrage WAR BY OTHER MEANS de deux auteurs
américains (Robert Blackwill et Jennifer Harris) a identifié sept armes de
guerre économique. Quant à lui, il a surtout insisté sur le fait que les
adversaires de l’Afrique s’arrangent en amont pour supprimer la possibilité
pour l’Afrique de se défendre. Ils façonnent des normes et des conditions
d’interaction qui laissent l’Afrique dans l’impuissance.
L’Afrique a une vision romantique des relations
internationales. Un dirigeant qui manque de culture stratégique et qui agit par
à-coups a besoin de se mettre à l’école de la guerre économique pour comprendre
comme ça marche. La guerre économique, c’est un concept qui nous renseigne que
la mondialisation est sortie de la crispation idéologique pour entrer dans une
ère nouvelle. L’État qui ne comprendra pas les règles de cette ère nouvelle
sera dévoré, tout simplement.
Maurice Simo Djom