Leçon de vie : « Suivre le dessin de son destin, une histoire pour inspirer la jeune génération »
Inoussa Compaoré
est un Doctorant en Sciences de Gestion, option Management de Projet, à l’Université
Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal). Un parcours académique ponctué d’échec,
mais surtout de succès.
Né
le 10 mars 1992 à Bonsrima, un
village situé à 60 Km de la capitale burkinabè, dans la province du Bazèga,
Inoussa Compaoré est un jeune ambitieux, dynamique et engagé pour le bien
d’autrui. À l’âge de 2 ans, il est surnommé « Naaba » par sa grand-mère.
Un surnom qui va désormais lui servir d’identité pour son entourage. Naaba, qui
signifie « Chef » en langue mooré, semble exercer sons sens sur la
vie de ce bonhomme de Kombissiri. Nous reviendrons en temps opportun sur
l’historique de ce surnom qu’il a préféré pour l’instant garder personnel.
Le
présent article est consacré surtout au parcours scolaire de Naaba, plein
d’enseignements pour ses jeunes frères burkinabè.
PARCOURS ACADEMIQUE
Naaba
a réalisé ses études primaires à l'école primaire publique de Bonsrima. Cette
école bâtie à juste 100 m devant son domicile, il a vu démarrer son chantier
alors qu’il apprenait à parler. « Nous
avons joué sur le sable qui a servi à ériger cette école. Ouverte en octobre
1998, j’étais dans le rang de ses premiers écoliers ». Inoussa obtient son Certificat d’Etudes Primaires en 2004
puis son concours d’entrée en classe de 6ème en 2005. En 2005, il a
participé à 7 examens blancs internes et inter-écoles dont il était toujours
classé premier. Une fierté pour son école.
Il
rejoint ensuite en 2006 le C.E.G de Toécé,
l’actuel Lycée Départemental de Toécé
(à 15 km de Bonsrima) pour ses
études de 1er cycle. En 2008 déjà, alors qu’il fréquentait la classe
de 4ème, le jeune Compaoré sera frappé par le mal de la jeunesse. L’enfant
de Bonsrima commence à perdre le goût de l’école et tout ce qui est
autoritaire. En ce moment-là, le jeune garçon sans expérience de la vie, aspirait
maintenant à un monde libre, loin de la pression des enseignants et de la casse-tête des exercices de Maths, d’Anglais
ou encore de Physique-Chimie. Il prolonge souvent ses récréations sous les
manguiers des vergers de la ville de Toécé ou dans la forêt à fruits sauvages
près de son collège, en compagnie de quelques amis de fortune. A défaut, il retourne au marché de Bonsrima
pour se faire quelques pièces de F CFA avec le métier de mécanique qu’il
exerçait parallèlement. La conséquence sera évidente ; en 2009, Inoussa
manque son examen de BEPC avec un gap de quelques points au 2nd
tour. D’ailleurs, l’environnement de Toécé n’est plus de son goût. Comme le
disait Boileau dans l’Art poétique : « chaque âge a ses plaisirs, son esprit et
ses mœurs ».
En
2010, il quitte le collège de Toécé pour un autre lycée, encore plus loin de son
village : le C.E.G de Gaongo. 17 km le matin – 17 km le soir – entre
Bonsrima et Gaongo – sur son pauvre vélo, c’est l’exercice désormais imposé. Là,
à Gaongo, il retrouve plusieurs de ses camarades de l’école primaire dont son
ami Ousmane Zoundi qui,
fréquentaient déjà à Gaongo. Zoundi et
Naaba vont très rapidement former une équipe de travail très motivée. Le courant
passe et l’inspiration est de retour. Naaba est décidé à se séparer de ses
vieilles habitudes inopportunes. Place au travail. Dès janvier 2010 après les
premiers congés, les deux amis prennent désormais pour domicile l’école
primaire de Bonsrima. M. Hamado Conombo,
leur Maître de la classe CM2, leur confie
la clé de sa classe pour leurs travaux de nuit. C’est désormais le « 100 à
l’heure ». En cours d’année déjà, les résultats sont prometteurs. A
Gaongo, le nouveau venu attire l’attention des enseignants et de ses camarades.
Cette année-là, la moisson a été bonne. Naaba décroche son diplôme de BEPC avec
la manière. Il est classé parmi les meilleurs élèves de la région du Centre-Sud
à l’examen. Quel exploit !
L’étape
suivante, le second cycle. Grace à ses bons résultats au BEPC, il est affecté par
l’Etat burkinabè au Lycée Technique de Ouagadougou (LTO), aujourd’hui Lycée
Technique National / Aboubacar Sangoulé Lamizana (LTN/ASL) pour poursuivre ses
études. De la 2nd AB3 en passant par la 1ère G2, il obtient en 2013
en Tle, son Baccalauréat série G2 plus, un BEP en Comptabilité
décroché en candidat libre. Pendant ces années au LTO, il est décrit par ces
camarades comme un élevé studieux, travailleur, respectueux, mais surtout un accro de l’ordre et de la discipline. Comme anecdote, en classe de Tle, exaspéré
de la perturbation de certains de ses camarades de classe et, de la passivité
des délégués de classe face au désordre, il organise avec son acolyte H. Eric Bassolé, la destitution des
délégués de classe, dont ils en sont désormais les remplaçants. Un « un coup d’Etat »
qui n’est pourtant pas du goût de l’administration du Lycée. Leur règne ne va
donc durer qu’une semaine, deux jours et 8 heures, malgré les félicitations de
certains enseignants qui ont constaté l’amélioration du climat de travail dans
sa classe. Toutefois, la « révolte de 2013 » (qualification donnée
l’acte de force Naaba-Bassolé), va impacter positivement l’esprit de « ses
pères ». En effet, durant cette semaine sous son leadership, il est arrivé
à réveiller la conscience de ses camarades par son charisme et, motiver ces
derniers en organisant des séances de travaux dirigés pendant les heures libres.
Un élève plein de force et de vivacité.
Son
parcourt universitaire est aussi plein de leçons : un début difficile mais une belle finition. Renvoyé en
session de rattrapage à l’examen du DEUG (BAC + 2), Naaba a terminé Major de sa
promotion aux examens de Licence (BAC + 3) et de Maîtrise (BAC + 4) ; en
Economie et Gestion des Entreprises et des Organisations (EGEO) à l’Université
Thomas Sankara (Ex Université Ouaga
2). Comme quoi, il faut toujours garder le courage. On était en 2018. Il est
convoité par une banque de la place. Quatre mois et demi dans le métier
d’employé de banque et il n’en sera pas plus. Naaba a un autre projet en tête. Il
est plutôt amoureux et passionné du métier d’Enseignant-Chercheur. Il quitte
alors prématurément la banque et s’inscrit en Master Recherche en Sciences de
Gestion en octobre 2018 avec comme spécialité Management de Projets. Un Master
validé et soutenu avec brio en mai 2020 sous le tampon de l’Université Thomas
Sankara (UTS).
Leader
et charismatique, il a été durant son parcours à l’UTS (ex UO2), à la tête de la Coordination des Clubs d’Etudiants de
l’UFR/SEG puis, Président du Club CIFOEB (Centre d’Informations, de Formation
et d’Etudes sur le Budget) de l’Université Thomas Sankara qui, milite pour la
bonne gouvernance économique et financière au Burkina Faso.
Résolue
à poursuivre son rêve de devenir Enseignant d’Université, Naaba décolle de la
capitale burkinabè en février 2021 pour la Téranga où il prépare actuellement
son PhD en Management de Projets de
Développement International à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.
Du
Bravoure ou du Labour ? Pour le natif de Bonsrima : « Je ne fais que suivre le dessin de mon
destin ».
Inoussa
Compaoré que nous appelons affectueusement « Naaba » parle couramment
le français, l'anglais, le mooré et, manie quelques mots en fulfuldé (peulh).


